Bernardino Ramazzini

C'est avec ce très grand médecin qui naquit en 1633 près de Modène et mourut en 1714 après avoir occupé la très célèbre chaire de médecine de Padoue que la médecine du "travail" fit véritablement un pas décisif avec la publication de son ouvrage intitulé "traité des maladies des artisans" en latin "Diatriba de morbis artificum" en 1701 et de son supplément en 1713.

Ramazzini y étudie de manière scientifique plus de 50 professions et pathologies associées, allant de la silicose des tailleurs de pierres, aux varices des gentilshommes de la cour d'Espagne où il n'y avait, paraît-il, pas de sièges.

Cet ouvrage qui fit longtemps référence, constitue la première étude fondamentale des maladies professionnelles. Mais cet ouvrage n'est pas que scientifique, Ramazzini y ajoute une note sociale en reconnaissant la dette que la société contracte à l'égard de ceux qui travaillent. "Il est bien juste que la médecine concourt au soulagement de ces hommes, veille à leur santé et fasse en sorte qu'ils puissent exercer avec plus de sûreté et moins de crainte leur métier".

Le siècle des lumières, la révolution ne feront aucun apport déterminant dans le domaine des pathologies professionnelles, Ramazzini n'étant traduit en français que vers 1777.

L'ère industrielle et la Société Industrielle de Mulhouse

Si l'on doit de cette époque ne retenir qu'un nom, ce sera assurément celui de Louis Villermé. Né en 1782, il est en 1832 nommé membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques.
A ce titre, il participe à une enquête sur les "Conditions de vie de la classe ouvrière" et parcourt les principaux sites industriels en France et en Suisse. Il s'intéresse particulièrement à l'industrie textile, et le travail qu'il restitue aboutit à une véritable étude des postes de travail, au sens moderne du terme ; les aptitudes physiques, les conditions d'ambiance, tout s'y retrouve.
C'est aussi, grâce à son action que le travail des enfants sera enfin réglementé (8 ans > 1841, 10 h par jour > 1851. Ce n'est qu'en 1874 que l'âge limite d'embauche sera fixé à 12 ans).

A la mort de Villermé en 1863, seule la Sté des Industriels de Mulhouse poursuit de manière significative et remarquable ses recherches sur la sécurité au travail. Ce qui la singularise, c'est son caractère collectif, puisqu'elle fonde en 1867, sous l'égide d'Engel Dollfuss : "l'Association pour la Prévention des Accidents du Travail".

Celle-ci publia de nombreux rapports et enquêtes sur la prévention des accidents et sur les règles de sécurité à observer.

Cette action contribua à l'avènement des lois sur l'inspection du travail et particulièrement celle de 1898 sur les accidents du travail qui institua la gratuité de soins, l'indemnité journalière et le droit à réparation.

L'ébauche de la médecine du travail

L'ébauche des premiers services médicaux d'entreprises s'est concrétisée en France pendant la grande guerre, dans les usines d'armement sous l'impulsion du ministre Albert Thomas.

Les premiers tableaux de maladies professionnelles apparaissent officiellement en 1919 et vont lentement se multiplier entre les 2 guerres, tandis que se créent également dans certaines grandes entreprises les premiers services médicaux du travail dont le rôle préventif n'est pas encore nettement défini et que progressent partout les études sur la physiologie du travail, au conservatoire des Arts et Métiers, à l'Institut Max Planck de Dortmund, en Angleterre et aux Etats-Unis.

L'élan donné à cette nouvelle discipline était tel que même les évènements dramatiques de 1940 ne freinèrent pas son évolution, puisque le Journal Officiel du 9 juin 1940 vit paraître une "Instruction relative à l'organisation des services médico-sociaux et de sécurité dans les entreprises", mais il ne s'agissait là que d'une recommandation.

Sous Vichy, en 1941, fut créé le corps des médecins inspecteurs du travail, puis, en 1942 , une médecine du travail obligatoire pour certaines entreprises.